Du nœud de câbles au Non-Fi

Si j’avais le mot de passe, je pourrais brancher mon foie sur la freebox du voisin d’en dessous. Le matin, mes cheveux, moulés par l’oreiller, dressés sur la tête, font antenne-relais pour les compagnies téléphoniques. Combien de “dsl G 1 pb j sui en rtar”, d’emails décorés aux “bien cordialement”, de réservations de restaurant et de chats ont-ils traversé ma boîte crânienne ? Et ça lui fait quoi, à ma boîte crânienne, quand Bouygues et Wanadoo y jouent les passe-murailles ?

Cet hiver, on s’est posé ce genre de questions à la mairie de Paris, comme l’a révélé Le Monde. Le 30 novembre, le comité hygiène et sécurité de la direction des Affaires culturelles a voté un moratoire sur le Wi-Fi dans les bibliothèques parisiennes. Plusieurs employés municipaux s’étaient plaints de maux de tête, de vertiges, de douleurs musculaires et de malaises. Paris ne sera peut-être pas la capitale de l’internet sans fil comme le souhaitait Bertrand Delanoë. En septembre, 400 bornes Wi-Fi avaient été installées à travers Paris.

Le Wi-Fi s’est répandu très vite. Trop vite sans doute pour qu’on se penche sérieusement sur son possible impact sur la santé. Quand on les interroge, les experts en sont réduits à des suppositions et extrapolations à partir des enquêtes menées sur les téléphoniques mobiles. L’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (AFSSET) a été chargée de rédiger un rapport pour 2008.

Il n’existe qu’une seule étude sur le Wi-Fi, à vrai dire, comme le rappelle un article du “Professeur Canardeau” dans le Canard Enchaîné du 26 décembre. Menée par des chercheurs de l’Université de Chicago en 2005, cette étude in vitro montre qu’une exposition de deux heures à des ondes de la même fréquence que le Wi-Fi (2.450 MHz) peut modifier l’expression de 221 gènes. Celle de plus de 700 après 6 heures.

En attendant que les experts aient des données à se mettre sous la dent, le gouvernement allemand, lui, recommande tout bonnement à la population d’éviter le Wi-Fi autant qu’elle le peut. Dans la foulée de cette annonce, en juillet 2007, il est aussi conseillé aux Allemands de préférer les téléphones filaires aux mobiles. C’était la première mise en garde officielle sur les risques du Wi-Fi.

Le 18 septembre, l’Agence européenne de l’environnement a, quant à elle, demandé aux pays membres de l’Union européenne de prendre des mesures pour protéger la population des risques de l’électrosmog que créent Wi-Fi, téléphones mobiles et sans fil etc. “De nombreux exemples montrent que l’absence de recours au principe de précaution par le passé a causé des dommages importants et parfois irréversibles à la santé et à l’environnement”, souligne Jacqueline McGlade, directrice de l’Agence. Qui encourage les pays membre à prendre “des mesures de précaution appropriées et proportionnées visant à éviter les menaces plausibles et potentiellement importantes que font peser sur la santé les champs électromagnétiques”.

Sources : Le Canard Enchaîné (26/12/2007), Le Monde (18/12/2007), The Independent (9/09/2007), Lee S. et al. 2.45GHz radiofrequency fields alter gene expression in cultured human cells. FEBS Letters, 579 (21) : 4829-4836.

St.H.

[28 décembre 2007]